Des douleurs intestinales ? Non, vous n’affabulez pas !

Une femme souffrant de maux de ventre

Évoquer à ses proches les douleurs intestinales est encore un tabou. Pourtant, nombre de personnes y sont en proie . Et lorsqu’elles osent enfin se confier sur ce mal qui les ronge, nombreux sont ceux qui rétorquent « mais, c’est dans la tête ». Vraiment ?

Douleurs intestinales et incompréhension

Les personnes qui souffrent du syndrome de l’intestin irritable (SII) ou d’une maladie inflammatoire chronique intestinale (maladie de Crohn ou rectocolite hémorragique) sont souvent contraintes d’affronter la pathologie seules. Difficile en effet de trouver une oreille attentive à ces troubles intestinaux. Donc, elles se taisent, se murent dans le silence et dans la douleur.

Nadia est atteinte du syndrome de l’intestin irritable. Quand elle n’est pas occupée à se ruer aux toilettes, elle doit faire face à d’incessantes douleurs intestinales qui la tordent littéralement en deux. Depuis l’aggravation des symptômes et l’annonce du diagnostic, elle a dû en parler à son travail. Elle souhaitait simplement davantage de souplesse quant à ses pauses toilettes. Mais la direction a pensé qu’elle affabulait, qu’elle s’écoutait trop, et a simplement répondu : « Mais prenez donc du Smecta. Vous verrez que vos pauses toilettes n’auront pas à être plus nombreuses. » Charmant.

La réaction de l’employeur de Nadia n’est pas isolée. Les pathologies intestinales sont transparentes et altèrent peu l’apparence, sauf s’il y a de fortes variations de poids. Aussi est-il vraisemblable que l’entourage de ces malades pense que c’est davantage dans la tête. Or, il existe bel et bien un lien entre l’intestin et le cerveau.

L’axe intestin-cerveau

Les études démontrant l’indéfectible lien entre intestin et cerveau se multiplient. Notre microbiote intestinal (et ses 100 000 milliards de bactéries) est fragile. La moindre altération aura des conséquences sur le cerveau, car tous deux sont reliés par le nerf vague. Ce dernier transmet les sensations digestives et les informations en provenance du microbiote de la paroi intestinale au cerveau. Ainsi, le cerveau a toujours connaissance de l’état digestif et immunitaire grâce au nerf vague.

À l’inverse, le cerveau se charge de réguler la digestion et déclencher les réactions de défense. Le Pr Bruno Bonaz (gastroentérologue au CHU de Grenoble) souligne que c’est « cet axe neuro-digestif [qui] dysfonctionne dans les maladies telles que le syndrome de l’intestin irritable, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique ».

Les bactéries intestinales auraient donc un rôle sur le développement du système nerveux. D’ailleurs, des études menées sur des souris axéniques (dépourvues de bactéries) soulignent un développement rapide de troubles du sommeil, d’une baisse de l’appétit et même de troubles d’ordre psychiatrique. Mais dès qu’on leur injecte des bactéries intestinales, ces maux s’éclipsent, les souris retrouvent un état stable. Force est donc de constater que le microbiote intestinal a un lien avec système nerveux des souris, donc pourquoi pas de l’homme ?

Des études soulignant ce lien sont en fait déjà nombreuses. L’altération du microbiote intestinal aurait un impact sur l’autisme, sur la dépression, sur l’anxiété… Le psychiatre Guillaume Fond nous rappelle d’ailleurs une histoire célèbre. Alors que deux médecins australiens étaient persuadés d’avoir découvert l’origine infectieuse de l’ulcère de l’estomac, leur travail de recherche fut refusé par l’ensemble des revues scientifiques car c’était beaucoup trop invraisemblable. Il paraissait impensable que des bactéries puissent survivre à un milieu aussi hostile, aussi acide que l’estomac. Il a fallu que l’un des deux médecins australiens devienne son propre cobaye pour prouver la véracité de sa découverte. Jusqu’à la fin des années 80, le corps médical estimait que les personnes souffrant d’ulcère de l’estomac étaient simplement anxieuses, stressées. Grâce à cette découverte, les antibiotiques constituent aujourd’hui le traitement utilisé pour venir à bout de l’infection bactérienne en cause dans l’ulcère. La preuve que non, ce n’est pas que dans la tête !

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